Collection naturaliste - Ailes tropicales
Huit photographies prises au Jardin des papillons d'Hunawihr, en Alsace, où l'on se retrouve entouré de papillons venus d'ailleurs sans quitter le pays. Ici, j'ai voulu m'approcher au plus près des ailes : l'alignement des écailles, la finesse des nervures, les motifs qui se répètent, les dégradés de couleurs. À cette échelle, chaque aile devient un tableau minutieux, et la nature se révèle la plus patiente des artistes.
Cette collection est une invitation à ralentir et à observer ce que l'on remarque rarement : le détail.
Caligo atreus (papillon-hibou) Originaire d'Amérique tropicale, le papillon-hibou est un grand papillon plutôt crépusculaire, qui se nourrit moins de nectar que de fruits en fermentation. Le dessous de ses ailes porte de grands ocelles : face à un prédateur, ils évoquent l'œil d'un vertébré et peuvent détourner l'attaque vers une zone non vitale. Ici, je l'ai photographié à travers le feuillage, comme à l'affût. Le premier plan flouté crée un cadre naturel et laisse apparaître les ocelles et le fin réseau strié de l'aile.
Siproeta stelenes (Malachite) Ce papillon vit du sud des États-Unis jusqu'en Amérique du Sud, et ses chenilles se développent sur des plantes du genre Ruellia. Son nom vient de la malachite, cette pierre aux veines vert pâle. Sur cette photo, il est posé sur une feuille, ailes repliées, de profil. On distingue bien le réseau des nervures, qui sert de charpente à l'aile, et un bord légèrement abîmé qui raconte la vie de l'individu. Le fond vert flouté fait ressortir l'orangé de l'aile.
Papilio phorcas (Machaon à bandes vertes) Ce machaon africain est reconnaissable aux bandes vert turquoise qui tranchent sur un fond noir. Chez les Papilionidae, ces couleurs résultent souvent d'une combinaison de pigments et de structures microscopiques des écailles. J'ai choisi un cadrage où il se détache sur des orchidées Phalaenopsis aux nervures roses. Le contraste entre le noir profond de l'aile, le vert vif et la blancheur des pétales fait toute la photo.
Papilio demodocus (Machaon du citronnier) Ses chenilles se nourrissent de feuilles d'agrumes, et elles sont bien connues des naturalistes pour leur défense : jeunes, elles imitent une fiente d'oiseau, puis, plus grandes, elles peuvent dérouler un organe orangé qui dégage une odeur repoussante, l'osmétérium. L'adulte, lui, porte sur ses ailes postérieures des ocelles bleus et orangés. Je l'ai photographié en train de butiner des fleurs de Duranta. La mise au point sur le motif de l'aile, avec ses taches blanches sur fond sombre, contraste avec les violets doux du fond.
Papilio dardanus (Machaon moqueur), femelle Cette espèce est un cas d'école de polymorphisme : le mâle est jaune et noir, avec des « queues » aux ailes, tandis que les femelles existent sous plusieurs formes, dont beaucoup imitent d'autres papillons africains toxiques ou peu appétents pour les prédateurs. C'est le mimétisme batésien, que j'aime expliquer en classe. Sur cette image, j'ai privilégié une faible profondeur de champ : la tête et le thorax ponctué émergent d'un fond chaud, avec le rouge du callistemon en contrepoint.
Morpho helenor (Morpho bleu) Le dessus de ses ailes est d'un bleu métallique qui ne doit presque rien aux pigments : il vient de la structure des écailles, qui interfère avec la lumière. Le dessous, que je montre ici, est brun et orné d'ocelles. En vol, l'alternance entre éclats bleus et dessous terne déroute les prédateurs. Cette photo est un gros plan sur l'aile : on y devine la texture des écailles, les nervures sombres qui découpent l'aile en compartiments et, à gauche, l'œil et la patte. Le fond vert uni met en valeur les tons bruns et jaunes.
Papilio palinurus (Machaon émeraude) Originaire des Philippines et d'Indonésie, il doit son éclat à des écailles en forme de petites cuvettes, dont la structure en couches réfléchit la lumière : le jaune vu de face et le bleu vu de côté se mélangent, et l'œil perçoit du vert. Pour cette image, j'ai voulu montrer ce vert de près : on voit les écailles parsemées comme de la poudre sur le noir de l'aile, ainsi que la large bande turquoise. Le papillon est photographié ailes ouvertes, face à l'objectif, dans une composition quasi symétrique.
Papilio phorcas (Machaon à bandes vertes), vue de dessous Le même papillon que sur la troisème photo de la collection, mais vu sous un autre angle, ce qui montre à quel point une espèce peut changer d'aspect. Ici, on voit surtout le dessous de ses ailes, d'un bleu très pâle bordé de brun, avec en arrière-plan l'aile noire à taches turquoise. Il se nourrit sur des Duranta. Un fond lisse et neutre met en valeur la délicatesse de ces teintes.