Collection naturaliste - La vie des zones humides
Une plante ne se résume pas à sa fleur. Avant elle, il y a le bouton ; après, le fruit, la graine, et cette tige sèche qui tient debout tout l'hiver. J'ai photographié toutes ces étapes dans les jardins, les sous-bois, les champs et les friches, en m'approchant le plus possible : le grain poudré d'un pétale, l'aigrette d'un pissenlit, les barbes d'un épi d'orge, les piquants d'une cardère.
Treize images pour regarder ce que l'on remarque rarement, et se rappeler que rien ne finit vraiment : chaque fin est déjà une promesse.
Les amphibiens
Les mares, les étangs et les fossés abritent une faune discrète dont les amphibiens sont les représentants les plus emblématiques. Au printemps, les grenouilles vertes se rassemblent dans les zones humides pour se reproduire. Les mâles gonflent leurs sacs vocaux et entonnent un concert destiné à attirer les femelles et à défendre leur territoire.
L'aventurière des sous-bois. Cette grenouille, mi-cachée sous des feuilles mortes et des herbes, a quitté un peu le bord de l'eau. Son dos vert piqueté de noir et sa gorge claire marbrée de sombre ressortent dans un contraste d'ombre et de lumière. Cette grenouille qui explore la berge rappelle que l'espèce, bien qu'aquatique, s'éloigne parfois de l'eau pour chasser, surtout après la reproduction.
La discrète des nénuphars. Cette grenouille ne laisse apparaître que sa tête, nichée entre des feuilles de nénuphar. Son œil doré, cerclé de fines veinures, scrute le photographe. La peau vert vif, finement granuleuse, se fond dans le feuillage. C'est une posture typique de l'espèce, qui chasse et se repose à l'abri des regards, prête à plonger au moindre danger.
A l'affût sur la mousse. Cette grenouille est sortie de l'eau pour se poser sur un tapis de mousse humide, vue de profil dans un décor de petites brindilles et d'herbes. Sa peau sombre, perlée de gouttelettes, accentue son aspect de pierre mouillée. Elle reste immobile, l'œil en alerte, une posture typique de chasse ou de thermorégulation au soleil près de la berge.
Le chanteur aux joues de perle. Un mâle en pleine vocalisation, vu de face, flotte dans une eau envahie d'algues. Ses deux sacs vocaux translucides, gonflés comme des bulles, amplifient son chant pour attirer les femelles.
Le mâle en pleine parade. Autre mâle chanteur, photographié au ras de l'eau sombre. Ses sacs vocaux grisâtres sont déployés de part et d'autre de la tête, tandis que son visage vert jaunâtre et ses yeux dorés émergent à peine de la surface. Les petites bulles autour de lui rappellent l'effort du chant. L'atmosphère calme de l'eau contraste avec l'intensité de la parade nuptiale.
Les arthropodes
Les zones humides sont des lieux de passage, de naissance et de métamorphose. Au-dessus de l'eau, les libellules patrouillent, les demoiselles se posent sur les roseaux et les papillons animent les berges de leurs vols légers.
J'ai photographié ces arthropodes au plus près pour révéler la finesse de leurs ailes, l'éclat de leurs couleurs et la délicatesse de leurs silhouettes. Leur présence témoigne de la richesse de ces milieux, dont l'équilibre est aujourd’hui menacer par les activités humaines.
Libellula depressa (Libellule déprimée) Le mâle mature se perche sur une tige émergente pour surveiller son territoire. Il s'envole pour chasser une proie ou repousser un rival, puis revient très souvent au même poste. Sa pruinosité bleue se développe avec la maturité : les jeunes mâles sont jaune-brun, comme les femelles.
Coenagrion sp. (Agrion) Deux individus sont accrochés à une prêle : un mâle bleu électrique, dont l'abdomen est courbé, et une femelle vert-bleuté, tenue par la nuque. Un second mâle apparaît flou en haut à droite. Les deux individus sont en tandem, position qui précède ou suit l'accouplement.
Leucorrhinia caudalis (Leucorrhine à large queue) La pruinosité bleue est une poudre cireuse qui se développe avec la maturité sexuelle. Les jeunes mâles sont d'abord jaune-brun, et le bleu n'apparaît qu'au bout de quelques jours.
Anax imperator (Anax empereur) L'anax chasse en vol, en patrouillant au-dessus de l'eau. Il capture ses proies (moustiques, papillons, autres libellules) avec ses pattes, qui forment un panier, et les mange souvent en vol.
Coenagrion sp. (Agrion) Chez les odonates, le mâle transfère d'abord son sperme dans un organe copulateur situé sous le deuxième segment de son abdomen. La femelle recourbe ensuite son abdomen vers lui pour former le « cœur copulatoire ».
Anax imperator (Anax empereur) La femelle pond ses œufs un par un à l'intérieur des tissus de plantes aquatiques, qu'elle entaille avec son ovipositeur, parfois sous la surface. Cette ponte dite endophyte protège les œufs des prédateurs.
Cetonia aurata (Cétoine dorée) Vue de profil sur une ombelle blanche, la cétoine plonge la tête dans les petites fleurs. Son corps passe du vert émeraude au cuivre rouge sur les flancs, avec des reflets métalliques très vifs. Ces couleurs métalliques sont dites structurales. Elles ne viennent pas d'un pigment mais de la structure microscopique de la cuticule, qui diffracte la lumière.
Leucorrhinia caudalis (Leucorrhine à large queue) Les libellules sont des insectes ectothermes, c'est-à-dire qu'elles ne produisent pas leur propre chaleur et dépendent du soleil pour atteindre la température nécessaire au vol. Posées ailes étalées, elles exposent une grande surface au rayonnement et se réchauffent plus vite, notamment le matin. Certaines espèces ajustent aussi l'orientation de leur corps ou de leur abdomen par rapport au soleil pour réguler leur température.
Cetonia aurata (Cétoine dorée) L'adulte se nourrit de pollen, de nectar et de sucs végétaux, qu'il prélève sur les fleurs, surtout les ombellifères, les rosiers et les sureaux. Ce régime floral fait de lui un pollinisateur occasionnel, alors que sa larve vit dans le terreau et le bois en décomposition.
Issoria lathonia (Petit nacré) Le Petit nacré est un papillon migrateur. Les populations du nord de la France sont en partie renouvelées chaque année par des individus venus du sud, qui remontent au printemps et à l'été. L'espèce produit plusieurs générations par an, ce qui lui permet de coloniser rapidement les milieux ouverts, des friches aux prairies sèches.
Maniola jurtina (Myrtil) Posé de profil sur une ombelle, le papillon replie ses ailes et laisse voir un dessous gris-beige finement moucheté. Une plage orange est traversée d'un ocelle noir, ce qui suggère une femelle. Cet ocelle attire l'attaque des prédateurs vers le bord de l'aile plutôt que vers le corps. Le papillon peut ainsi s'échapper avec une aile abîmée.
Ochlodes sylvanus (Sylvaine) La Sylvaine ne produit qu'une génération par an. Les adultes volent de juin à août, puis la chenille, qui se nourrit de graminées comme le dactyle ou la houque, passe l'hiver dans un abri de feuilles soudées à la soie et se transforme en chrysalide au printemps suivant